Est-il encore utile aujourd’hui de posséder une bibliothèque chez soi ? 

La réponse est évidemment…Oui ! Et mille fois oui ! 

Et comme disait Malraux : « Les hommes les plus humains ne font pas la révolution: ils font les bibliothèques ou les cimetières » Voilà ! Tout est dit ! De nos jours, avoir une bibliothèque chez soi est véritablement un acte de résistance ! A l’heure où la numérisation est reine, où le matériel disparaît au profit de l’immatériel, où le Réseau cherche à contrôler tous les savoirs, oùla Bibliothèque Nationale vend ses chefs-d’œuvre aux obscurantistes les plus offrants afin que certaines idées ne soient pas véhiculées ; à l’heure où nos enfants tapotent sur des claviers pour lire des résumés de livre qu’ils ne liront jamais…..oui ! La bibliothèque chez soi est une nécessité absolue ! 

Résistons ! Prouvons à notre gouvernement qu’il se trompe en voulant interdire les bibliothèques privées ! Mettons un terme à l’appétit dévastateur de ShortBookSystem qui veut condenser tous les grands ouvrages en petits fascicules de cinq pages afin qu’ils puissent être à la portée de tous ! Enfin, exterminons le Novlangue qui détruit au jour le jour la richesse de notre langue ! Car, une bibliothèque….au fond….c’est quoi ? (Temps) C’est la vie ! 

D’accord, ce sont des frais. D’accord, c’est de l’entretien et de la poussière mais, en hommage à Cicéron, je dirais que si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous êtes le plus heureux des hommes. Imaginez. Vous êtes assis, vous inspirez profondément, le livre est posé sur vos genoux ; enfin, après quelques instants de silence, vous le prenez entre vos mains tremblantes. Vous l’ouvrez et là…. L’extase ! L’odeur du cuir et l’odeur du savoir vous inondent et pénètrent jusqu’au plus profond de vous ! C’est une sensation unique ! 

De l’Antiquité à nos jours, les bibliothèques ont toujours été des maisons de vie et de savoir et ont contribué, pour une large part, à l’évolution intellectuelle de notre civilisation. N’est ce donc pas magnifique de se dire que, chacun, chez soi, à sa petite échelle, peut continuer à travailler, penser, douter, critiquer, se perdre mais surtout produire de la matière grise et donc participer à ce formidable édifice qu’est le génie humain ? Si l’essence d’une bibliothèque, ce sont les livres et conséquemment le savoir qu’ils contiennent. Il ne faut surtout pas oublier ou négliger les sensations physiques que cela procure d’être dans un tel lieu. C’est un lieu magique, une bibliothèque ! (Petit temps) C’est un lieu magique ! Avec une âme ! Certains diront que ça sent mauvais, que ça respire le passé et le conservatisme et je les comprends. Moi-même, je me surprends souvent à ma dire : « Je devrais tout changer en pyro-titane et mettre des robots trieurs et sélectionneurs afin qu’ils puissent ranger ma bibliothèque et me conseiller des lectures sans que j’ai besoin de chercher pendant des heures le livre qui me convient… » 

Mais, l’odeur des boiseries…. Les nombreuses éraflures qui parcourent la pièce et témoignent de son activité incessante… Les marqueteries vernies qui dégagent une odeur d’ébène et font oublier tout… Le bruit de la porte qui grince… Les reflets des parquets vitrifiés qui font luire certaines vieilles éditions… Le cuir des fauteuils qui crissent au contact d’un dos humain s’assoupissant après un repas un peu trop arrosé… Toutes ces sensations participent au bonheur infini de se trouver dans une bibliothèque. Et nous donne du courage quand on se retrouve en face de la lettre J et plus précisément en face de James Joyce et de son « Ulysse ». Car on peut se dire : « Allez ! C’est aujourd’hui que je me lance ! » Il est vrai que, bien souvent, se retrouver dans une bibliothèque produit plus de mal que de bien. On se sent petit face à cette montagne de connaissance, on se sent bête quand on songe à tous ces illustres écrivains qui nous entourent. Mais il faut essayer de persévérer ! Essayer de venir dans la bibliothèque même les jours où il ne pleut pas ! (Temps) C’est dur ! Je sais ! Très dur ! Je suis bien placé pour le savoir ! Toute ma vie, j’ai essayé d’enseigner cette utopie. A savoir l’amour des livres et leur utilité. Alors oui bien sûr les livres sont exigeants. Se plonger tous les jours dans un pavé indigeste pour pouvoir en société se targuer de l’avoir lu, cela demande un sacré courage. Mais quelle récompense après. Quelle jubilation de se dire : « Je l’ai terminé !…………..Je n’ai peut-être rien compris mais au moins je l’ai terminé ! » (Temps) Bon…. On se dit aussi après qu’on aurait peut-être dû le lire en Novlangue. Voilà ! C’est humain. Tout le monde se dit ça ! Que là où Tolkien a mis 2000 pages, 200 pages auraient peut-être suffi. Que ça aurait été un gain de temps pour faire autre chose. (Temps) C’est une vraie qualité, la concision. L’art de la synthèse. Et il est vrai que le Novlangue le permet ! Je pense que l’on peut, sans être démago, lui reconnaître au moins ce mérite. Avant, quand il fallait six mois pour lire tout Balzac, aujourd’hui il faut une semaine. Dans ce cas, on peut lire de plus en plus de livres et connaître de plus en plus de choses. L’important, c’est d’avoir compris le message de l’auteur, son projet d’écriture et cela est tout à fait possible dans une version allégée. Qui peut se vanter d’avoir lu tout Proust. Ou tout Zola. Le fait de savoir qu’ils ont existé, c’est déjà bien ! Avoir lu quelques pages ou un roman entier, c’est encore mieux mais on ne peut pas tout connaître… 

Et puis pour en revenir à notre fameuse bibliothèque, cela a également des répercutions sur son organisation ! J’en ai fais moi-même l’expérience, c’est assez amusant ! (Temps) Prenons la littérature française du XVIIIème siècle par exemple. En métrage de livres normaux, j’avais besoin de 7 mètres 45. Désormais, avec la collection « Petites ampoules » écrite en Novlangue, il me faut seulement 1 mètre 20. Gain de place ! Si vous répercutez cela sur l’ensemble de votre bibliothèque, vous vous rendez compte du changement ! Celle-ci se rétrécit considérablement et là où il fallait une pièce entière pour pouvoir la contenir, il ne faut plus qu’un tout petit espace. Ça vous permet de réorganiser totalement ce lieu et de lui redonner une seconde jeunesse, en accueillant par exemple un salon télé ! D’une mansarde morte, le plus souvent vide de personnes et abandonnée à la poussière, vous faites un lieu de vie ! Certaines personnes vont malheureusement plus loin et se dessaisissent entièrement de leur bibliothèque. Ce n’est pas à souhaiter… (Temps) Il est vrai qu’en ces périodes de crise, les avantages d’une telle décision sont économiquement très intéressants : d’abord, vous pouvez arrondir confortablement vos fins de mois en vendant vos livres rares au Réseau qui est toujours en quête de papier pour emballer le poisson. Ensuite, vous faites des économies avec votre femme de ménage qui n’est plus obligée d’épousseter trois fois par semaine tous vos ouvrages et peut donc se consacrer sérieusement à la cuisine ou à la salle de bain. Et enfin, vous n’avez plus à entretenir votre bibliothèque. L’entretien du bois, des fauteuils, des parquets, la mise en conformité des extincteurs… Tout ça est ruineux ! Alors que maintenant, il ne vous faut plus qu’un ordi-ami pour pouvoir vous connecter au serveur et télécharger les ouvrages, labellisés par le Réseau, de votre choix. 

Non ! C’est un véritable suicide de posséder une bibliothèque chez soi ! Alors, arrêtons une bonne fois pour toute avec cette lubie ! Les plus grandes bibliothèques ont quasiment toutes brûlées et le monde est encore debout ! Alors poursuivons ! Recherchons le savoir mais à travers le prisme des technologies modernes ! Ne soyons pas des Homo bibliotecus ! Tournons le dos à la vieille bibliothèque et jetons nous à corps perdu dansla Bibliothèque Numérique Mondiale, dépourvue d’erreur et protégée des attaques des personnes mal intentionnées, car protégée et contrôlée par le Réseau. 

Guillaume Marquet, septembre 2009.

2 réponses
  1. Charles-Eric Petit
    28 février, 2010 | 19:20 | #1

    Orwell, clochard, possédait-il une bibliothèque à Londres ou à Paris? Ma bibliothèque fut le dernier obstacle sacré lorsque je décidais d’abandonner maison et affaires pour aller dans l’expérience de dénuement que la vie me proposait. J’ai vendu tous mes livres une misère chez les bouquinistes qui les recueillirent par brassées. Et j’ai éprouvé une certaine félicité dans ce sacrilège! Abandonner ces objets qui rassurent – ces pense-bêtes contre l’oubli – ces propriétés qui nous érigent à l’endroit de notre savoir – ces trophées poussiéreux… Dehors les souvenirs! Fini la nostalgie! Depuis, je rapine dans les champs privés des autres propriétaires – et si j’achète un livre, je l’offre aussitôt l’avoir lu – j’abandonne volontiers un bon livre près d’une bouche de caniveau au risque que la pluie le gondole et que ses pages retournent à leur condition végétale (je ne supporte plus ces livres puceaux, qui ne possèdent aucune marque d’anciens lecteurs, qui cultivent leur virginité commerciale plein d’orgueil, insipide vertu). Quel joie parfois de piétiner ses propres temples!

  2. Wesh
    7 mars, 2011 | 12:10 | #2

    Lisible moins fatiguant et moins contraignant qu’une tablette : un livre.

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